La revue Espace lance l’appel pour son prochain dossier intitulé «Oiseaux/Birds» sous la direction de Bénédicte Ramade.

Présentation du thème

Vinciane Despret (Habiter en oiseau, 2019) et Donna Haraway (Vivre avec le trouble, 2020) se sont passionnées pour les pigeons dont certaines familles ont disparu (la plus tristement célèbre étant la tourte voyageuse ou passenger pigeon en anglais), quand d’autres sont plus communes et souvent perçues comme des nuisances dans les espaces urbains occidentaux trop policés. Thom van Dooren (En plein vol. Vivre et mourir au seuil de l’extinction, 2021), et avec lui bien des chercheur·e·s œuvrant dans le champ des Extinction Studies (Deborah Bird Rose, Matthew Chrulew, Ursula K. Heise) ont focalisé leur attention sur des espèces d’oiseaux menacées, raconté leur vie ou les conditions de leur disparition. Les espèces aviaires sont depuis longtemps des sentinelles environnementales, bien avant que Rachel Carson ne démontre et déplore l’effondrement de toutes les espèces du règne aviaire sous le coup des pesticides dans Printemps silencieux en 1962. Car la première espèce officiellement reconnue pour avoir été éradiquée par l’homme en moins de cent années depuis sa découverte à la fin du 16e siècle sur l’Île Maurice est ainsi un oiseau, le fameux dodo. Depuis l’humanité n’a cessé d’entrer en collision avec des plus-qu’humains et vit une accélération anthropocénique aux effets délétères pour une bonne partie du vivant.

Au-delà de ce funeste destin, c’est l’oiseau en vie qui occupera les pages de ce dossier du n°137 de la revue ESPACE art actuel. Celui qui fascine par son chant et ses langues et attise l’imaginaire des philosophes, des musiciens et des artistes visuels qui cherchent à percer le secret de ces échanges sonores. Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla avaient ainsi convoqué l’écrivain de science-fiction Ted Chiang afin d’imaginer les pensées de perroquets amazones de Porto Rico (The Great Silence, 2016). Ainsi, plutôt que de se pencher sur les deuils à venir et les pertes déjà actées, ce sont les pratiques « ornithologues » qui plongent scientifiquement et de façon spéculative dans ces cultures aviaires (Beatriz da Costa, Pigeon blog, 2006), des plumages aux sifflements, pour tenter des rapprochements (Luc Petton dans La confidence des oiseaux en 2016, a fait danser différents spécimens avec une performeuse humaine). Ces pratiques peuvent se mettre en dialogue (Erik Bullot, Langue des oiseaux, 2022), entrer en relation de soin, organiser des sauvetages, voire tenter des réintroductions (Ibghy & Lemmens). Comme l’a écrit Marielle Macé dans Une pluie d’oiseaux (2022), il faut penser notre attachement à ces espèces qui disparaissent, « exercer nos responsabilités de vivants parlants au beau milieu des paysages, avec des oiseaux à l’esprit, à l’oreille, dans la vue ».

Ce numéro thématique mettra en lumière diverses œuvres dans lesquelles l’oiseau est mis à l’honneur et représenté par des approches spatiales, sculpturales, installatives et performatives en art actuel. Plusieurs propositions pourraient être envisagées pour réfléchir aux relations qui nous unissent aux oiseaux : celles qui valorisent les phénomènes migratoires des volatiles, leurs chorégraphies en vol ou leurs itinéraires ; celles qui citent les pratiques d’observation ornithologiques et qui en re-déploient les connaissances, avec curiosité et minutie ; celles qui décloisonnent nos horizons géographiques, et qui favorisent la rencontre avec des espèces et des lieux non-occidentaux ; et enfin celles pour qui l’oiseau est une figure imaginaire à investir ou à re-signifier. Le n°137 cherche à mobiliser différents supports, perspectives et communautés culturelles de manière à rendre compte de la présence singulière (et audible) de ces animaux dans nos quotidiens et dans nos écosystèmes, qu’ils soient libres ou captifs, urbains ou ruraux, communs ou atypiques, solitaires ou en nuées. Ceux qu’on a qualifiés de « descendants des dinosaures » ont-ils quelque chose à nous apprendre sur le monde et sur nous-même ? Quelles formes pourraient prendre cet échange ?

Si vous souhaitez participer à ce dossier, nous vous invitons, dans un premier temps, à contacter la direction de la revue par courriel (gcorto@espaceartactuel.com) avant le 20 octobre 2023 afin de présenter sommairement votre proposition (entre 150 et 250 mots). Très rapidement, nous vous informerons si votre proposition est retenue. Votre texte, version complète, ne devrait pas dépasser les 2000 mots, notes exclues, et nous sera remis avant le 5 janvier 2024. Le cachet est de 65 $ par feuillet de 250 mots.